Cévennes en lutte


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Le sac de la Picharlerie ou l’art d’écraser une mouche avec un marteau

Daté du dimanche 15 juillet 2007

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Soit : été 2007.

Au bout d’une longue piste, qui se tord à travers la forêt de pins et d’arbousiers, le hameau de La Picharlerie, commune de Moissac-Vallée-Française, haché au fusil mitrailleur par les SS, en représailles à son occupation par la Résistance, n’en finit pas de renaître. Cinquante ans après qui est là ? Qui reconstruit le toit parti en fumée, les étages ? Qui reprend les traversiers aux griffes des ronciers ? Qui rouvre les circuits subtils de l’eau ? Qui redonne vie à cette âme morte qui a tant vécu ? Des gens qui inventent une vie nouvelle au lieu de jouer les victimes, au lieu de gémir après une vie qu’on leur refuse.

Soit : été 2007, mercredi 11 juillet.

Au terme d’une expédition éclair il ne reste de La Picharlerie qu’un tas de pierres aplaties au bulldozer. En quelques heures on a fait table rase du passé ancien, de la Résistance, du travail de réhabilitation effectué par les squatters, bref de siècles d’humanité. Raser un refuge de Résistants ? Les SS et la milice en avaient rêvé, le propriétaire, et l’Etat français, l’ont fait. Qui pourrait douter, en effet, que l’ordre ne vienne d’en haut, de ces cimes où l’on respire à pleins poumons, sous les lambris et les parachutes dorés, l’oxygène électoral et pétainiste de la maison Le Pen ? Ecraser une mouche à coups de marteau, broyer un hameau alternatif sous un bulldozer, karcher oblige, le pouvoir est sans complexe. Maintenant il sait faire ça. Après avoir mis le bulldozer de la télé dans les têtes, il peut achever le travail sur le terrain à coup de vrai bulldozer. Le pouvoir, après ses génuflexions pétainistes, maintenant se sent bien dans sa tête pour faire CA. Qu’est-ce que c’est en effet que cette histoire d’héritier lointain, qui, après soixante-dix ans d’abandon du hameau par sa famille, se sent tout à coup devenir l’objet d’un véritable viol, - perpétré contre lui par des squatters qui travaillent gratuitement depuis plusieurs années à réhabiliter son bien -, au point d’exiger un remède aussi radical qu’idiot ? Qui va se laisser prendre à une ficelle aussi ridicule quand, par derrière, c’est l’Etat sans complexe qui entend montrer comment il use de son pouvoir tout neuf gagné en siphonnant dans les urnes les voix lepénistes ? Passer la racaille au karcher, on a déjà entendu ça, passer les squats au bulldozer, on a déjà vu ça aussi. La lepénisation des esprits est désormais scellée au sommet de l’Etat. Les Cévennes ne seront plus jamais comme avant. Si on a pu voir une mouche se faire écraser par un marteau, on n’a pas souvent vu un marteau se faire écraser par une mouche. Le sac de la Picharlerie en annonce d’autres, la politique du bulldozer ne fait que commencer. Il n’y a donc pas d’autre choix, face aux mufles néo-pétainistes et néo-lepénistes, que de passer à la RESISTANCE.

Comité d’un soir. 15 juillet 2007