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Texte d’un procès-verbal d’audition d’un réfractaire à la vaccination (FCO), à la gendarmerie du Collet de Dèze (Lozère) - 2 mars 2010

Daté du vendredi 5 mars 2010


S’il s’agit de redire ici que je sais à quoi je me suis exposé en refusant de vacciner mes animaux contre la Fièvre catarrhale ovine ou que je maintiens mon refus, cette audition a quelque chose de superflu. J’avais fait tout cela au mois d’octobre 2009 dans une Lettre ouverte (avec accusé de réception) adressée à M. Pinède, Directeur départemental des Services vétérinaires d’alors. J’y exposais aussi assez largement mes raisons. Je suis donc surpris que ce fonctionnaire ne l’ait pas portée à la connaissance de M. le Procureur de la République en la joignant au procès-verbal qu’il lui a fait parvenir. Je vous remercie de bien vouloir joindre au procès-verbal de cette audition la copie que je vous en remets ainsi qu’un autre texte beaucoup plus général [1] dans lequel sont développés certains des points que je vais évoquer.

Car il va de soi que m’étant rendu à votre convocation, je suis tout disposé à commenter ce que soutient ma lettre à M. Pinède et à vous fournir des explications complémentaires.

Je remarquerai d’abord que les liberté prises avec la vérité que j’y relevais continuentde plus belle : les Services vétérinaires de Lozère soutiennent maintenant publiquement que leur campagne de vaccination a été un succès à 99 % (seuls 23 éleveurs ou détenteurs d’animaux s’y seraient soustraits en 2009), très au delà des 80 % que je prévoyais, et donc mieux que n’avait jamais rêvé un Mobutu, alors qu’il est de notoriété publique que dans un nombre significatif d’élevages bovins le cheptel de souche a été soustrait à la vaccination et que seuls les jeunes bovins destinés à l’exportation y ont été vaccinés.

Un autre point de mon courrier trouve maintenant une connotation aigrement ironique. Lorsque je parlais de cette campagne de vaccination forcée comme d’un exercice de préparation à de futurs états d’urgence j’étais si près de la vérité que, depuis le 3 décembre 2009, les Directions départementales des services vétérinaires sont, par décret, intégrées dans de nouvelles « Directions départementales de la cohésion sociale et de la protection des populations » dotées de larges attributions en matière notamment de sécurité nationale, sanitaire et alimentaire, de protection civile et de gestion des crises. Et quand je parlais également de bétail animal et humain (en faisant état des dispositifs de contrôle des populations qu’envisage la toute nouvelle « doctrine » française sur les accidents nucléaires) je n’en étais pas trop éloigné non plus puisque, entre autres missions, ce nouvel organisme est par ailleurs chargé de gérer pêle-mêle aussi bien le respect des droits des femmes que l’intégration des populations immigrées ou la protection des animaux domestiques. On n’a pas oublié le « dialogue social » car il a également la charge d’encadrer la vie associative, l’éducation populaire ainsi que le bénévolat et le volontariat qui ne tarderont pas à se révéler indispensables pour distribuer les masques, les mouchoirs jetables, les pastilles d’iode ou le Tamiflu, nettoyer les décombres ou encadrer les populations.

Je réitère mon entière solidarité pratique avec les autres éleveurs poursuivis et je tiens à dire combien ils méritent jusqu’alors de louanges : affirmer sa liberté de choix et assumer simplement les conséquences du refus de ce qu’on a, par soi-même, jugé inacceptable, c’est comme on sait un comportement fort peu répandu aujourd’hui.

Je partage évidemment avec eux l’essentiel des raisons liées à l’exercice de notre métier et à la conception que nous en avons. Elles nous ont menés là ensemble.

Mais au-delà de ces raisons qui vous ont déjà été largement détaillées lors de précédentes auditions et dont bon nombre sont d’ailleurs mentionnées dans ma lettre à M. Pinède, j’entends, pour ce qui me concerne, ne pas me laisser entraîner dans d’insolubles débats sur l’opportunité scientifique ou la solidité des fondements juridiques de cette vaccination forcée.

Je crois plus judicieux et utile de tenter d’analyser et de dire, ainsi que je m’y suis essayé dans ma lettre, en quoi les procédés auxquels on a recours dans cette mobilisation anti-FCO, où l’on veut tout à la fois éradiquer des sérotypes, exterminer des moucherons et faire rentrer les récalcitrants dans le rang, pour respectueux qu’ils sont de ce qu’on appelle l’état de droit, en disent justement si long sur ce qu’est l’état de droit dans la société mondiale de l’industrie et de la marchandise. Et tout particulièrement dans le moment historique où cette société doit gérer, dans la panique et sur une planète dévastée, l’effondrement de sa barbarie techniquement suréquipée. Elle tente de le faire de la seule façon qu’elle conçoit : en remédiant aux maux qu’elle a directement ou indirectement provoqués par des moyens identiques à ceux qui en ont été la cause, et dont il faudra bientôt traiter à leur tour les conséquences désastreuses. On voit quelquefois combien pareille stratégie est profitable à l’économie qui lui tient lieu d’âme. On refuse le plus souvent de voir combien cette accumulation de désastres successifs dissimule le désastre essentiel de la passivité généralisée qui s’en accommode.

J’évoquerais volontiers pour finir le fait générateur lointain (il ne s’agit que de quelques années mais il commence aussi à se murmurer que nous vivons des temps amnésiques) du déclenchement de la vaccination forcée : quand, pour de rationnels motifs économiques, il fut décidé de classer maladie contagieuse une maladie qui ne l’est pas, afin de contrarier le commerce des viandes en provenance de pays de l’hémisphère sud où l’on vit depuis toujours avec la maladie ; cela ne parut présenter que des avantages jusqu’au moment où — dérèglement climatique aidant ? — de fâcheux culicoïdes s’employèrent à la diffuser sous nos latitudes. Mais qui ignore, au fond, que les moments rares où il arrive à l’État, à la marchandise ou à la bureaucratie de montrer une face un peu aimable sont ceux où ils ont la figure de Gribouille ?

Notes

[1] René Riesel et Jaime Semprun, Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable, Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, Paris 2008.