Cévennes en lutte


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Migrants en lutte : rafles, expulsions, manifestations... à Marseille

Daté du jeudi 5 mai 2011


Comme ailleurs en France, depuis quelques semaines, des dizaines de migrants, pour la plupart tunisiens, débarquent à la Porte d’Aix.

Les révoltes en Tunisie de l’hiver dernier ont entraîné la déstabilisation du régime et ainsi ouvert une brèche dans les frontières vers l’Europe et notamment vers l’Italie. Des dizaines de milliers de personnes, issues de différents pays (Tunisie, Lybie, certains pays d’Afrique Subsaharienne...) tentent de rejoindre l’île italienne de Lampedusa. Le trajet de 5 km qui sépare l’île des côtes tunisiennes n’est pas sans danger. Pour les uns, c’est la noyade, les autres sont accueillis par la police (parfois par des coups de feu). Lampedusa est une véritable prison à ciel ouvert. De là, ils sont transférés vers d’autres centres fermés où des révoltes éclatent. Le vent de la révolte tunisienne traverse la méditerranée. La moitié des centres sont détruits, l’État italien se retrouve contraint à délivrer 22 000 visas Schengen pour raison humanitaire, un bon moyen de se débarrasser du « problème ». Munis de ce vrai-faux papier, beaucoup de migrants cherchent à rejoindre la France. Les autorités ne reconnaissant pas la validité de ces documents, certains migrants voient leurs papiers déchirés par la police française. Des centaines d’entre eux déjouent les contrôles et réussissent à entrer en France. La dernière semaine d’Avril, des rafles massives ont lieu dans plusieurs grandes villes (Paris, Marseille...). Porte d’Aix, le 27 avril dernier, une cinquantaine de Tunisiens se font contrôler : Certains sont incarcérés, d’autres sont directement expulsés vers l’Italie, et quelques uns arrivent à y échapper. La chasse est ouverte. La gare St-Charles, comme tous les axes utilisés par les migrants, est quadrillée par l’armée et la police. Les frontières deviennent de véritables murs et barrières à l’intérieur des villes. Cette situation dépasse les cadres habituels de gestion des populations, les structures d’enfermement et de contrôle sont débordées ; ce qui se dessine, c’est le renforcement des frontières à l’intérieur même du territoire. Les mesures d’exception deviennent la norme [sic]. Tandis que les autorités essayent à tout prix de disperser les migrants pour les rendre vulnérables et invisibles, certaines associations, se faisant le relais de l’État, tentent de les convaincre de partir « volontairement », en leur « offrant » 300 euros. Ils ne peuvent donc compter que sur leur détermination et la solidarité des populations locales. Certains habitants du quartier les hébergent spontanément, des commerçants leur apportent de la nourriture, des squats leur ouvrent leur porte...

La "révolution » en Tunisie, initiée par des soulèvements populaires, a fait dégager Ben Ali. Mais hormis quelques figures emblématiques, le clan au pouvoir est resté en place. Cependant, les révoltés ne se contentent pas de cette révolution de palais, les grèves, les luttes et les évasions massives de prison continuent. La répression perdure elle aussi, sous le masque de la démocratie appuyée par l’Europe (le patronat français est déjà en négociation avec le nouveau gouvernement tunisien). Depuis les débuts de la colonisation et malgré « l’indépendance » des pays du Maghreb, les pouvoirs tunisiens et français agissent, main dans la main, pour asservir les populations locales.

Les politiques migratoires en Europe cherchent à fournir le marché du travail de main d’œuvre sous-payée et sur-exploitée, afin d’assurer un profit conséquent pour les entrepreneurs. L’objectif est de mettre en concurrence et de diviser les pauvres selon de multiples statuts (français-immigrés, avec ou sans papiers, avec ou sans travail). Solidarisons nous contre les politiques répressives que l’on subit tous à différents niveaux. Suite à la rafle de la porte d’Aix, un collectif s’est mis en place. Il regroupe des sans-papiers et des personnes « avec » autour des mots d’ordre : Pour une régularisation globale de tous les migrants Pour la liberté de circulation

RASSEMBLEMENT DEVANT LE CRA DU CANET : Samedi 7 Mai à 14 heures

MANIFESTATION DEPART PORTE D’AIX : Samedi 14 Mai à 14 heures

RÉUNION - DISCUSSION Les Mardis et Vendredis à 18 heures à La Chrysalide - 14 rue Bénédit (entre la Friche et le Parc Longchamp)


Compte-rendu de la manif devant le CRA et de la rafle de la porte d’Aix

Le samedi 30 avril à 14h, une manifestation est partie de la place Cadenat à la Belle de Mai pour rejoindre le Centre de Rétention de Marseille. Nous avons traversé le bd National, la rue Felix Pyat jusqu’au Canet. Tout au long du parcours, mis à part quelques aigris, les gens étaient plutôt solidaires. Cette manif était prévue pour exprimer notre solidarité envers les inculpés de l’incendie de la prison pour sans-papiers du Canet le 9 mars. Aujourd’hui trois d’entre-eux sont en prison au Baumettes. Le Centre de Rétention a été fermé pendant un mois et demi suite à cet acte de révolte. A notre arrivée à proximité du CRA, trois flics en civil (BAC) ont tenté d’arrêter un manifestant. Pour une fois nous avons pu empêcher collectivement cette arrestation. Quelques CRS en tenue anti-emeute protégeaient l’entrée de la prison. Nous avons rejoint la rue surplombant le centre, et de là, nous avons pu échanger des cris et des signes avec plusieurs prisonniers parqués dans une petite cour. Depuis sa réouverture, le CRA ne désemplit pas, bien au contraire. Suite aux révoltes en Tunisie, une brèche est ouverte dans une frontière de l’Europe. Des centaines de migrants arrivent en France via l’Italie, un grand nombre se retrouve à Marseille.

La Porte d’Aix devient un point de fixation. Des associations, en particulier Dignité Tunisienne, proche du RCD (ancien parti de Ben Ali) tentent de « canaliser », « trier », « recenser » les migrants. En Tunisie, comme ici : « Ben Ali dégage ». Leur but est d’organiser ce qu’ils appellent des « retours volontaires » et aussi garder leur statut de notable et d’interlocuteur auprès de l’État français. Les migrants, parqués Porte d’Aix, lieu connu pour les rafles régulières qui s’y déroulent, sont une proie facile pour les flics. Le 27 avril au soir, une dizaine de camions de keufs sont là pour les contrôler. Ils sont ensuite alignés sur le côté de l’Arc de triomphe avant d’être embarqués et dispatchés vers différentes destinations (commissariat, foyer du SAMU social, Centre de Rétention). Certains, déjà sur place, préviennent de la rafle en cours, grâce au numéro d’urgence de la liste téléphonique d’alerte. Cette liste sert à s’organiser et réagir face aux opérations de police ( rafles, expulsions...). Une quarantaine de personnes arrive et tente de bloquer les camions qui embarquent ceux qui sont arrêtés. D’autres profitent de la confusion pour échapper à la police. Les blocages et les cris de révolte continuent pendant environ une heure, le but étant de saboter et rendre visible l’opération en cours. La réaction des passants et des automobilistes est mitigée, même si certains rentrent dans la mêlée. C’est alors que les CRS interviennent violemment aidés par la brigade canine. Les coups de pieds volent, les flic lâchent du leste à leurs chiens pour nous intimider et débloquer la rue. Contraints à reculer par les force de l’ordre, les fourgons parviennent à se frayer un chemin. Sous nos cris de rage, les derniers flics récupèrent leurs chiens et rentrent à la niche.

Si vous êtes témoins d’une rafle ou d’une expulsion, vous pouvez joindre la liste d’alerte au 06 40 46 30 34

Un rassemblement devant le Centre de Rétention du Canet aura lieu Samedi 7 Mai à 14 heures.

Samedi 14 Mai, une manifestation partira de la Porte d’Aix à 14 heures.

Pour participer à la lutte, des réunions ont lieu tous les Mardis et Vendredis à 18h au local de La Chrysalide, 14 rue Benedit (entre la Friche et le Parc Longchamp)