Cévennes en lutte


Accueil du site > Un Collectif en Cévennes > Compte-rendu de quelques actions du collectif en Cévennes - Acte III & (...)

Compte-rendu de quelques actions du collectif en Cévennes - Acte III & IV - Jardin Collectif à La Borie & Randonné à la Picharlerie

Daté du vendredi 18 avril 2008


Acte III - scène 1

Temps ensoleillé, troubles et agitations des consciences, la terre fourmille...

Une quarantaine de personnes se retrouvent à La Borie pour l’ouverture d’un champ de pommes de terre et d’un jardin collectif. En fin de journée la terre est prête à être cultivée. La décision est prise de se retrouver tous les mardi pour jardiner. A suivre...

Acte IV scène 1

La soupe des Partisans, dimanche 13 avril. Temps nuageux, panique historique, randonnée commémorative sur les chemins de la Résistance à la Picharlerie. Un chant s’élève dans la vallée.

- Tu entends ? C’est le chant des Partisans, allons voir !

Un gentil pique-nique est organisé sur le chemin, quatre joyeux bardes occitans mettent de l’ambiance.

- Aïe, ça sent l’ éco-randonnée à thème doublée d’une morbide commémoration folklorique. Les paroles de Roger Lagrave [1] (conteur-organisateur) sont fédératrices, mais attendons la réaction des plus véhéments.

- Tiens, regarde ! des nouveaux avec une table de presse bien garnie et une franche envie de porter la critique. En voilà un qui entre en scène avec enthousiasme, écoutons !

Voilà Francis Villermaux, co-organisateur-militant-PC, relais efficace des directives de la Préfecture de Lozère, qui répond avec virulence. Il a une idée fixe : « Oublier les polémiques du vingt et unieme siècle ». La Résistance commence avec les héros et les martyrs du Comité National de la Résistance... et s’y arrête. Ainsi béatifiée, l’histoire se fige. Chacun pourra rentrer chez soi le cœur léger, l’histoire est close, la démocratie gaulliste a vaincu l’oppression, pour toujours ... Reste l’érection d’une stèle à la Picharlerie : « Le plus important aujourd’hui est d’avoir un vrai projet pour faire de ce lieu, un endroit de recueillement et de silence. Que l’on puisse s’y retrouver pour honorer la mémoire de ceux qui ont été d’authentiques Résistants ». ( le Préfet Mourier, 07/2007). Mais la journée ne saurait en rester là pour ces randonneurs du passé. N’en déplaise aux pacificateurs de la conscience sociale, qui font tout pour amoindrir les conflits dramatiques qui traversent l’époque, la contradiction est posée. Devant le tas de débris qu’est devenue la Picharlerie en 2007 - suite à l’intervention musclée du propriétaire et de la Préfecture -, plus rien d’historico-folklorique, juste un constat politique contemporain finalement partagé par beaucoup des personnes présentes.

Notes

[1] L’été dernier, quelques jours après la démolition de La Picharlerie, le Préfet de la Lozère, sans doute pour se faire pardonner d’avoir permis cette destruction, promettait l’élévation d’une stèle commémorative. Cette stèle n’est pas là ; mais, avons-nous besoin d’une stèle ? Il y a plusieurs siècles, des hommes sont venus dans ce vallon qu’ils trouvèrent à leur convenance. Pierre à pierre, fatigue après fatigue. ils ont construit un mas pour en faire un lieu de vie, propice à l’amour familial. Pendant des siècles, des hommes, des femmes, des enfants, des animaux ont vécu là dans un bonheur simple ; chaque génération ajoutant un élément : une bergerie, une clède pour ceux qui allaient leur succéder. Puis, ce fut le grand déménagement des Cévennes. Des hommes qui partent à la guerre et qui ne reviennent pas ; d’autres qui partent à la ville pour un meilleur salaire, une vie plus facile. Le mas se vida et fut abandonné. En 1940, La Picharlerie reprend vie avec une autre vocation ; devenant un refuge pour les résistants. Un maquis-école est créé. Le 12 avril 1944, les troupes allemandes attaquent. Malgré une résistance farouche, les maquisards abandonnent les lieux. Pour la deuxième fois, la Picharlerie est abandonnée. En 2002, arrive un groupe de jeunes. Ils s’installent dans le hameau déserté pour y vivre en communauté, s’activant à viabiliser les bâtiments et les terres. Tout de suite, nous nous y sommes installés car il ne nous semblait pas nécessaire de demander l’autorisation d’habiter un lieu qui était vide depuis soixante-dix ans et qu’il était possible de réaménager ce hameau qui était en ruine » dira l’un des deux. En juillet 2007, La Picharlerie est rasée, détruite à jamais.

Il nous reste la stèle promise. Mais, ceux qui vivent aujourd’hui dans ce coin des Cévennes, acceptant les contraintes de ce pays, résistant à l’appel du béton et de la foule, inventant des savoir-faire nouveaux, imaginant le vouloir-vivre de demain, ne sont-ils pas les pierres vivantes de cette stèle ? Faut-il élever une stèle de pierres froides alors que la résistance se poursuit jour après jour, sous nos yeux, à travers chacun de nous qui avons accepté de vivre dans ce pays, pour en vivre et le faire vivre ; des pierres de chaleur humaine.

Stèle ou pas stèle, chaque année, pour nous souvenir de ceux qui ont résisté : les protestants au temps des prédicants, les Cévenols bâtisseurs de mas, les résistants au nazisme, les nouveaux Cévenols, nous reviendrons sur ce lieu pour nous retrouver et nous conforter dans le désir de vivre dans ce pays.